Mutzig "Rain", sur les traces de Neandertal

Dès sa découverte en 1992 lors de travaux d’aménagement, le campement préhistorique de Mutzig "Rain" a immédiatement suscité l’attention des archéologues. Cet intérêt s’est confirmé avec les sondages réalisées par Jean Sainty de 1992 à 1994 et a abouti à l’acquisition du terrain par le Conseil Départemental du Bas-Rhin et la DRAC afin d’en assurer la protection. En 2009, les recherches archéologiques ont repris avec une nouvelle équipe constituée d’archéologues d'Archéologie Alsace et d’universitaires de Strasbourg, Lille, Bâle, Cologne ainsi que du Museum d’Histoire Naturelle de Paris.

Un chasseur-cueilleur appelé Neandertal

Le site date du Paléolithique moyen (-250 000 à -30 000 av. J.-C.). Il se caractérise par une conservation exceptionnelle : les os et les outils en pierre taillée trouvés sont souvent intacts. De nouvelles méthodes ont permis de dater les niveaux actuellement découverts vers 90 000 ans avant notre ère. Les datations obtenues et les objets trouvés sont caractéristiques de l’homme de Neandertal, encore mal connu dans l’Est de la France tant ses traces sont rares dans la région. Les découvertes de Mutzig en font un site d’une importance majeure en Alsace et plus généralement dans le Rhin supérieur.

L’homme de Neandertal est un chasseur-cueilleur nomade, se déplaçant probablement en fonction des ressources disponibles. Il se nourrit principalement des animaux chassés dans la région. À Mutzig, il a consommé de grands herbivores, dont le mammouth reste le plus représenté, suivi des chevaux, des rennes et des bisons.

Un environnement favorable à l’installation et probablement à la chasse

La faune chassée témoigne d'un climat relativement froid. En effet, la présence de l'homme remonte au tout début de la dernière glaciation. À cette époque, le paysage est totalement différent, évoquant davantage une steppe ouverte. Le cours de la Bruche serpente au fond de la vallée et des marais doivent se former au printemps lors de la fonte des neiges. Cet environnement attire probablement les troupeaux de grands herbivores qui viennent paître et s’abreuver. 

Cette falaise du Felsbourg offre vraisemblablement une vue imprenable sur les zones marécageuses, avec une succession d’abris sous-roche orientés plein sudpermettant à Neandertal de se protéger tout en observant la vallée et la plaine. Il est possible que les marais soient mis à profit pour piéger les animaux tels que le mammouth et ainsi faciliter leur capture. Chasseur émérite, il a pu aussi récupérer des carcasses d’animaux morts naturellement. Il complète enfin son alimentation par la cueillette de fruits et de plantes comestibles.

Des outils en pierre

En l’absence de métal, les seuls matériaux durs et tranchants à la disposition des hommes sont les roches siliceuses. Il s’agit entre autres de quartz, de quartzite, de phtanite, de rhyolite, de cinérite, voire de silex. Neandertal prélève des galets au pied de la falaise ou dans la Bruche pour s’en façonner des outils destinés à la boucherie, au travail des peaux, etc.

Par ailleurs, deux niveaux archéologiques ont livré des restes de foyers, composés pour l’essentiel de charbon et/ou d’os brûlés. Ils témoignent de la maîtrise du feu par Neandertal ainsi que d’une durée d’occupation probablement assez importante, comme l’illustrent également l’abondance des vestiges et l’absence d’interventions de carnivores sur les ossements animaux.

Arrière-plan : © Archéologie Alsace


GÉNÉRIQUE

Propriétaire

Conseil Départemental du Bas-Rhin

Responsables scientifiques 

Jean DETREY (2010-11), Thomas HAUCK (2012), Héloïse KOEHLER (depuis 2013)

Collaborateurs    

Institut für Prähistorische und Naturwissenschaftliche Archäologie (IPNA) de Bâle, Universités de Strasbourg, et de Lille, Laboratoire de biogéologie de l’Université de Tübingen, Museum d’Histoire Naturelle de Paris, Ville de Mutzig, Société d’Histoire de Mutzig et Environs, Musée de la Chartreuse de Molsheim

Prescription et contrôle scientifique

SRA / DRAC Grand Est


RAPPORTS D'OPÉRATION

2010  |  2011  |  2012  |  2013  |  2014  |  2015  |  2016  |  2017

 

 


CONTACT

heloise.koehler@archeologie.alsace >>